un peu d'histoire...
Lev Sergeyevich Termen (qui deviendra Leon Theremin dans nos contrées) est né le 15 août 1896 à Saint Petersbourg. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour la physique et choisit d'étudier cette branche à l'université. Fan de musique, il suit pendant de nombreuses années des cours de violon au conservatoire.

Pendant la guerre, il s'enrôle dans le département radio et technique et finit par travailler dans un institut polytechnique. Un de ses premiers projets est l'étude de l'usage du corps humain comme conducteur électrique et la capacité à stocker des charges, connue sous le nom de capacitance. Lev est intrigué par le fait que la capacitance naturelle du corps d'une personne se tenant à proximité d'un circuit électrique puisse interférer avec la capacitance du circuit lui-même. Lors de ses recherches, il construit un appareil permettant de mesurer la densité d'un gaz sous différentes conditions de températures et pressions.
C'est en construisant cet appareil que Lev remarque que les mouvements
de sa main près du circuit sont interprétés comme des fluctuations de
la densité, ce qui provoque des sifflements plus ou moins aigus. Cela
éveille immédiatement son oreille de violoniste. Son supérieur déclare:
"c'est une lamentation électronique d'Orphée!".
Sous l'impulsion de son chef, Lev développe son invention pour aboutir
à un instrument de musique: le Theremin, que Lev baptise Etherphone (ou
encore Aetherophon et Termenvox plus tard). Le principe est le suivant
: la capacitance naturelle du corps interfère avec le champ électromagnétique
émanant de l'appareil et induit un changement dans la capacité du circuit,
altérant la fréquence d'oscillation. Lev installe une pédale pour contrôler
avec son pied le volume, et un bouton sur la gauche de l'appareil pour
pouvoir couper le son d'une note à l'autre avec sa main gauche. Pas vraiment
satisfait de ce système, il le modifie et ajoute une deuxième antenne
capable de contrôler le volume. Ainsi, l'illusion de contrôler l'instrument
sans le toucher est totale et le theremin tel que nous le connaissons
encore aujourd’hui est né ! A l’époque, les amplificateurs n'existent
pas. Pour pouvoir faire des démonstrations publiques (essentiellement
composée de scientifiques au début) de sa nouvelle invention, il est donc
amené à en créer. L'etherphone dispose de 3 à 4 octaves, ce qui lui permet
de puiser largement dans son répertoire de violoniste.
Le theremin rencontre un vif succès. En 1922, Lev est invité à se produire
pour Lénine en personne. Dès 1926, Lev est envoyé en Allemagne, en France
et en Angleterre pour présenter son Termenvox, tout en étant sous le commandement
du GRU, le quatrième commandement de l'armée rouge. Divertir les foules
et glaner de précieuses informations, tel est le plan!

le RCA theremin:
le 1er theremin
commercialisé en 1929Sa tournée promotionnelle (et d'espionnage)
est couronnée de succès et l'emmène jusqu’en Amérique, où il débarque
en décembre 1927. En 1929, le premier theremin, baptisée « RCA theremin
» est commercialisé. Cette année-là, la promotion de l'instrument bat
son plein. Lev parle du theremin comme "l'instrument des émotions"
pour mettre en avant l'accessibilité de l'instrument: pas besoin d'étudier
la musique: "n'importe qui pouvant siffler ou chanter une mélodie
peut jouer du RCA Theremin".
Cette publicité s'avère vite mensongère. S'il est bel est bien possible de jouer rapidement et approximativement une mélodie, la maîtrise de l'instrument va se révéler beaucoup plus difficile que prévue et le theremin demeure aujourd'hui encore un instrument difficile et exigent.
A cette période, il initie de nombreuses personnes au theremin et donne beaucoup de concerts. Clara Rockmore, une jeune et talentueuse violoniste, découvre à son tour cet instrument et en devient l'une des plus grandes virtuoses.
Dès 1930, les déboires commencent pour Lev Theremin : baisse des ventes, interruption de fabrication, difficultés financières. Lev continue tant bien que mal ses recherches et ses activités liées au theremin, mais il disparaît mystérieusement d'Amérique en 1938 (certains parlent d'enlèvement par les soviétiques) et retourne en Russie où il fait la dure expérience des camps de concentrations et des travaux forcés. Réhabilité en 1956, il travaille ensuite sous surveillance pour le gouvernement et il connaît la destruction quasi continue de ses instruments et inventions (la musique électronique étant bannie par le régime). Pendant toutes ces années, il laisse ses anciens collaborateurs et amis américains sans aucune nouvelle.

En 1970, Lev commence à enseigner à sa nièce Lydia Kavina (alors âgée de 9 ans) l'art du theremin. En 1991, Lev retourne aux USA et renoue avec Clara Rockmore. Cette réunion très touchante a été orchestrée et filmée par Steve Martins pour son film documentaire "theremin : an electronic odyssey" (cf. ci-dessous). Deux ans après, Lev décède à Moscou à l’âge de 97 ans.
Lev Termen n'a pas seulement inventé le theremin. Voici deux de ses
créations:
Theremin Cello

Répliqua du theremin cello fait par Floyd Engels
que possède l'ondiste Thomas Bloch
Appelé aussi "fingerboard theremin", cet instrument, développé par Léon Theremin en 1929, est une sorte de violon sans corde. La position de la main gauche sur le ruban de l'instrument détermine la hauteur de la note. Le volume est contrôlé par un levier sur le côté de l'instrument actionné par la main droite.
Un theremin cello est exposé au musée Tinguely à Bâle. Cet instrument
a presque été complètement oublié, mais grâce à la persévérance de Floyd
Engels, il pourrait bien réapparaître! En effet, Floyd Engels a réalisé
en 2001 quelques répliquas de l'instrument.
- Peter Pringle nous offre un bon aperçu du répliqua d'Engels sur son site
- Petite démonstration sur youtube
- Pamelia Kurstin a pu essayer un theremin cello en démonstration à l'Etherfest 2005. Visionnez la vidéo ici
- Plus d'infos sur le theremin cello (en anglais) sur le site d'Oddmusic
Terpsitone

le terpsitone: ou comment faire de la musique en dansant! le terpsitone
est une plateforme de dance. Le contrôle de la note est inséré dans la
plateforme sur laquelle le danseur se tient. La grandeur/hauteur du danseur
détermine la hauteur de la note. A genou, la note la plus basse, debout
les mains tendues, la note la plus haute. Dans l'arc, le danseur/joueur
peut utiliser n'importe quel mouvement pour déterminer la hauteur de la
note. Sur la plupart des modèles, le volume et le vibrato sont contrôlé
par un autre joueur, mais il existe aussi une version avec une antenne
contrôlant ces fonctions près de la plateforme. Cet instrument était tellement
difficile à maîtriser que presque seulement Clara Rockmore s'y est essayée
en publique.
C'est à Moscow que se trouve le dernier terpsitone en état de marche: Léon l'avait construit pour sa nièce Lydia Kavina en 1978.
- quelques photos et interview avec Lydia Kavina au sujet de son terpsitone sur le site de thereminvox
- sur thereminvox
toujours, explication (en anglais) sur le fonctionnement du terpsitone
de Léon Theremin
pour en savoir plus:
La vie palpitante de Léon Theremin est retracée dans l'excellent livre d'Albert Glinsky "Theremin: ether music and espionnage". Ce livre n'est malheureusement disponible qu'en anglais.
Pour ceux qui n'aiment pas lire, je vous conseille le documentaire de Steven M. Martin "Theremin: an electronic odyssey" (1993). Ce film est un condensé du livre d'Albert Glinski, où l'on découvre la vie de Léon Theremin et ses retrouvailles touchantes avec Clara Rockmore.
Ce film a permis à un large public de découvrir le theremin et a incité bon nombres de thereministes actuels (comme Pamelia Kurstin, Jon Bernhardt) à jouer de cet instrument.
quelques liens utiles:
en français:
en anglais:
- Paul Lansky a rencontré Léon Theremin (alors âgé de 95 ans), qui
lui a donné sa première leçon de theremin. A
visionner ici
- le site du musée
Pavek explique l'histoire du RCA theremin (le premier theremin
commercialisé en 1929) et son fonctionnement. A télécharger gratuitement
: le manuel d'utilisation du RCA theremin et un schéma pour construire
son propre theremin
- survol historique du theremin en image et en italien. Pareil mais en version anglaise
- bio et bien plus sur le site de Wilco
Botermans
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